[Extrait d'un rapport d'enquête]
Le jeune Rothwild n'a jamais été reconnu coupable des meurtres. Dans tous les procès, la cour a déterminé qu'il avait agi pour se défendre lui-même ou sa propriété.
Sa propriété n'était pourtant guère remarquable. La famille Rothwild n'a jamais été nantie et dépendait fortement de la charité de l'Abbaye du Quidam. Rothwild père a coulé avec son baleinier, la Chasseuse, quand Bundry n'avait que dix ans. Ruth, sa mère, est décédée l'année suivante lors d'un accident de travail à la fabrique de bouteilles.
Rothwild s'est ainsi retrouvé seul avec son frère cadet. Il subvenait à ses besoins en faisant de petits boulots au port pour les pêcheurs qui connaissaient son père ou l'équipage de la Chasseuse. À cette époque, il savait déjà manier la massue et le couteau, et les utiliser pour s'extirper de situations fâcheuses.
Les choses ont empiré pour Rothwild quand, le jour de son treizième anniversaire, son frère a été emmené par les Superviseurs. Apparemment, le garçon aurait échoué aux différentes épreuves et ne serait jamais rentré chez lui. Rothwild n'ayant pas les moyens de payer un détective, il n'a jamais su ce qui était réellement arrivé à son frère.
Cette nouvelle tragédie est à l'origine de sa vision négative du monde, qu'il considère comme une entité malveillante et avide de vie. Après avoir fait son deuil, il s'est engagé à bord du Couperet, un baleinier sur lequel il a appris les ficelles du métier.
Rothwild a vite montré une affinité pour la pêche à la baleine. En mer, il chassait les bêtes avec détermination et prenait d'énormes risques pour localiser et harponner sa proie. Au sein de l'équipage, il usait de ruse pour triompher de ceux qu'il ne pouvait pas battre avec ses poings. Peu après, il a demandé à l'avocat maritime Arnold Timsh de lui accorder une licence de pêche à la baleine, payant les frais considérables de sa poche plutôt que de trouver un parrain.
Ainsi commença la rapide ascension de Bundry Rothwild.