[Extrait du rapport d'un Superviseur sur le marché noir des artefacts occultes]
La lettre suivante a été retrouvée sur les lieux d'un sacrifice humain, attachée au visage du défunt par neuf hameçons arrangés de sorte à former un motif bien particulier. Nous supposons que la victime et son assaillant se disputaient au sujet de la fabrication et de la vente d'un grigri, fait de morceaux d'artefacts hérétiques anciens (voire endommagés). Nous recommandons la réalisation d'une enquête complète sur un dénommé Lilika, vivant à Serkonos.
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Lilika, sale menteur ! Pendant des mois, j'ai mis la main à la poche pour t'acheter tout ce que tu demandais : de la nourriture, un gîte aux abords de la ville, des animaux présentant des anomalies congénitales dont je préfère ne pas imaginer le sort, des plantes toxiques, du matériel d'alchimie. Le sang de babouin et le cartilage de poisson abyssal m'ont coûté un bras, je te l'assure ! Mais ce n'était rien à côté de ce que j'ai dépensé pour les sculptures de marins que je me suis évertué à amasser durant toute cette année. Ces os de baleine censés posséder des pouvoirs venus d'un autre monde m'ont coûté la moitié de mes économies.
Tu m'avais juré - oui, juré ! - que tu pourrais m'obtenir le charme que je désirais. J'ai été très clair. Je voulais pouvoir rendre visite à Abrielle dans mes rêves, je voulais pouvoir la courtiser tout en dormant. Tu m'avais promis qu'elle m'aimerait. Au lieu de quoi, tu m'as donné ce tas de vieux os, éraflés et cisaillés. On aurait dit qu'un enfant les avait assemblés avec du fil de fer. J'ai gardé le talisman près de mon cœur pendant deux semaines. La nuit, dans mon sommeil, je voyais Abrielle, oh ça oui. Je la voyais couchée dans les bras de tous les hommes que j'ai détestés tout au long de ma vie, des rivaux et des ennemis qui m'ont surpassé dans un cadre professionnel ou au cours d'événements sportifs. Des hommes qui m'ont tyrannisé ou insulté, notamment mon odieux frère aîné. Tous les matins, je me réveillais la mâchoire crispée par la honte et la fureur. J'ai commencé à souffrir de terribles saignements de nez et mes cheveux se sont mis à tomber par poignées. J'ai jeté ce maudit artefact dans le lac pour m'en débarrasser.
Tu m'as dit que tu étais un sorcier. Un vulgaire charlatan, j'aurais plutôt tendance à dire. Quoi qu'il en soit, je tiens à te faire savoir que j'ai décidé de faire de ta vie un enfer. Je compte bien te punir de m'avoir pris pour un idiot et de m'avoir dérobé mon argent. Je pourrais certes envoyer un message anonyme à l'avant-poste de Superviseurs le plus proche, mais j'ai une autre idée bien plus appropriée. Il existe un gang d'assassins qui opère à Karnaca. Sache que j'utiliserai tout l'argent qu'il me reste pour mettre ta jolie petite tête à prix.
Tu ne me reverras jamais, Lilika, mais lorsque la lame du boucher s'abattra sur ta nuque ou lorsque le poison versé dans ton lait commencera à faire effet, dis-toi que c'est ainsi que je me venge des traîtres de ton espèce.