[Extrait d'une série d'entretiens avec des travailleurs des rues - Par Lena, exterminatrice]
À une époque, il suffisait d'un sac et d'un bâton avec un clou planté au bout, et on passait la nuit à attraper le plus de rats possible. La Garde Urbaine payait au poids, et c'était un bon gagne-pain pour mon mari, Benjamin, et moi. On travaillait seuls la plupart du temps, mais ça nous arrivait d'engager quelques gamins de la rue quand on tombait sur des endroits vraiment infestés. On choisissait les plus jeunes, ceux qui se tenaient tranquilles, qu'on payait en pain et en cidre.
Quand la peste est arrivée, les rats ont changé. Ils sont devenus plus agressifs, plus gros et plus rapides. Le travail était beaucoup plus dangereux après ça, on pouvait se faire attaquer par un groupe entier si on se laissait acculer. Je l'ai échappé belle plusieurs fois dans les égouts. Les morsures sont douloureuses, mais c'est le bruit qu'ils font qui vous hante la nuit.
La Garde a augmenté notre paie pour compenser les risques, mais c'est vite devenu insuffisant au vu du nombre d'exterminateurs qui s'étaient fait tuer en essayant de remplir leur sac. Un seul faux pas et vous pouviez vous retrouver avec une nuée de rats sur le dos, vous rongeant la chair jusqu'à l'os. C'est comme ça que j'ai perdu mon pauvre Benji.